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Le texte sédien précise que la forteresse du Temple de Paris et la rotonde de sa chapelle sont censées « poser une énigme aux architectes ». L’accent étant mis sur « l'immense cour intérieure toute dallée d'un étrange carrelage de marbre aux figures emblématiques. Cour qui semblait être un gigantesque échiquier au point crucial d’un incertain tournoi. »
Et l'auteur d'ajouter :
« Quand on fixe longtemps du regard un carrelage, un bizarre phénomène optique se produit : au bout d’un moment, l’œil fasciné découvre d’autres figures que celles qu’il avait distinguées tout d’abord ; sans que l'ensemble considéré ait changé, une attention soutenue en a modifié insensiblement la perspective.
L'histoire des Templiers est à l'image du carrelage orné de symboles dont ils aimaient à paver leurs demeures : l'ensemble des faits qui la constitue peut être considéré tour à tour sous deux aspects, en apparence étrangers l'un à l’autre, mais qui concourent à lui donner sa cohérence. Cette histoire fascine, car elle est double ; c’est pourquoi six siècles n'ont pas épuisé son attrait. »
« Ainsi, de leur vivant déjà, n’a t-on su voir les Templiers qu’ou bien tout blancs ou bien tout noirs, eux dont pourtant l’étendard était « baucent », c'est-à-dire, dans la langue du temps, noir et blanc.[….] Mais pour peu qu’on y attarde son attention, le destin des Templiers apparaît à la fois profane et sacré, bref et durable, tragique et triomphant ; blanc et noir comme le baucent, il brille sous les projecteurs de l’Histoire et se tapit dans l'ombre du secret. Il a deux faces et l’une cache l’autre : c’est tour à tour qu’il faut les évoquer pour découvrir ce qui les unit. Alors, ce destin semble scellé du sceau même des Grands Maîtres de l'Ordre : deux Templiers l'un derrière l’autre montant le même cheval. Profondeur, voulue ou non, de certains symboles ».
Mais ces cavaliers symboliques surgissent-ils de la jonction entre le blanc et le noir, où s'y résorbent-ils ?

Les deux manifestement, car il y a un déploiement polysémique de ce « baucent » qui se décline en « beau sang » et en « sang bleu », mais encore en « puissances » dans des carrés puis des cubes (magiques évidemment) et finalement des échiquiers, d'où la présence de ces Argonautes filant une métaphore plus rosicrucienne que templière dans L’Or de Rennes, l’
araignée mystique fulcanellienne se superposant au poulpe gisortien et atlantéen qui pointe vers la naissance mythique de Mérovée.
La relation de la découverte au XVIIIe siècle de
neuf pierres cubiques sous la cathédrale de Paris est particulièrement développée dans le roman, car il s'agit du fameux
Pilier des Nautes seulement constitué de quatre blocs (ou autels) de forme cubique. Ce que l'auteur sait parfaitement puisqu'il livre sa source : "Histoire de la ville de Paris, de Félibien et Lobineau". L’allusion aux neuf templiers fondateurs semble évidente, car les neuf pierres seront encore mentionnées comme constitutives de l'abbatiale Saint-Gervais, et d'innombrables sortes de pierres sont autant à trouver qu'à tailler dans le roman, de celle philosophique des Maçons à l'autre : philosophale.
A l’attention du lecteur distrait toutes mes citations sont issues du texte sédien de Gisors. On peut qualifier ce post d’élucubrations, qui comme chacun sait sont des travaux faits à force de veilles.
Paix et fraternité
P. S.: On ne saurait être étonné de retrouver Roger Lhomoy mendiant au Carreau du Temple après son exil forcé de Gisors !