La Provence
Publié le mardi 20 octobre 2009 à 16H12 Par Virginie Batailler
Robert Tiers a consacré 20 ans de sa vie à l'authentification d'un tableau du peintre français qu'il détient.
Robert Tiers est "le" chercheur et historien d'art autodidacte et acharné qu'on a rarement croisé dans toute une vie. Ce tapissier-décorateur de métier, réputé sur le tout Avignon, et aujourd'hui à la retraite, a consacré 20 ans de sa vie à une œuvre du grand peintre français du XVIIe siècle, Nicolas Poussin.
Celui sans nom qu'il baptisera Le Jardin des Hespérides, il l'acquiert en novembre 1975 pour 9000 francs à l'époque dans un salon des antiquaires à Toulouse. Une pièce aujourd'hui très convoitée (de 74,5cm sur 99 cm) et pour laquelle il a remué ciel et terre afin de prouver son authenticité et d'en percer tous les secrets.
Il a parcouru Rome, pendant deux ans puis s'est rendu au Vatican pour le faire authentifier, puis est reparti, six ans plus tard, sur les traces de Poussin jusqu'en Aude, à Rennes-le-Château. Il découvrira le fameux paysage que Poussin a reproduit, juste au-dessus d'Espéraza ! Et grâce à 88 symboles, il établira des liens avec l'Histoire de France et la religion, notamment la signature du fameux Traité des Pyrénées, le 7 novembre 1659, et le trésor des Templiers dans la cité basse de Rennes-le-Château, détruite en 1171. Toute son étude sera précieusement enfermée dans un livre illustré, tiré à 500 exemplaires, paru en 2001 (Le 11e des travaux d'Hercule) et mis en ligne sur internet.
"Chercher, c'est comme manger et dormir"
Mais " il y a quelques semaines, confie-t-il un peu énervé, je tombe sur un interview de Pierre Rosenberg, l'ancien conservateur et directeur du musée du Louvre, spécialiste de Poussin, paru sur le site evene.fr , qui sans citer le nom du tableau présente celui que je détiens depuis 34ans! Or à l'époque où je l'avais présenté au musée Calvet, M.Rosenberg n'avait pas admis que c'était un Poussin. Je lui ai fait de multiples courriers dans un ton très courtois; il ne m'a jamais répondu et aujourd'hui le tableau prend place dans cet article !
Après toutes ces années dévouées à la recherche et principalement à Nicolas Poussin, j'aimerais bien savoir ce que compte faire M.Rosenberg pour clôturer cette étude..., s'interroge l'Avignonnais. "Je suis un autodidacte mais toutes ces années et toute cette expérience acquise ont fait de moi un chercheur et un historien. Faire des recherches, c'est comme manger et dormir, je ne peux pas m'en passer. J'ai ça dans l'âme." Nous avons bien réussi à joindre Pierre Rosenberg, mais au simple énoncé du propos, il n'a souhaité répondre à aucune de nos questions.
Robert Tiers s'amuse de voir que d'année en année, les acheteurs lui proposent des sommes toujours plus alléchantes pour ce paysage automnal du Poussin. " Et dire qu'on me l'avait attribué à un Millet… !", sourit-il. En effet, quand il a présenté ce tableau en 1976 au musée Calvet, on avait répété à Robert qu'il s'agissait "plutôt d'un Francisque Millet…" Mais Robert n'écoutera que son intuition. Il prendra son baluchon pour percer toute l'histoire que cache ce tableau et refaire le circuit de l'œuvre : depuis les mains de Poussin jusqu'à la brocante de Toulouse en passant par la commande du tableau par Fouquet, le ministre du roi Louis XIV à Charles Lebrun, peintre du roi.
Robert souhaite aujourd'hui que "son" tableau termine sa vie d'une belle manière, "dans le musée du Louvre ou dans celui des Augustins à Toulouse", propose-t-il. Et qu'enfin on reconnaisse tout le chemin parcouru autour d'une oeuvre estimée par son dénicheur à 50 millions d'euros...
Sources: La Provence
Robert Tiers a acheté le paysage automnal de Nicolas Poussin en 1975, dans un salon d'antiquaires. Depuis, il a dédié sa vie à son authentification et à l'histoire qu'il enferme.
Photo Jérôme Rey







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