Le Nouvel Observateur
Marie-France Etchegoin
Pauvres chevaliers du Temple !
Et si leur malédiction était d'avoir été « kidnappés » par des sectes ou des groupes d'extrême droite...
Ils auraient caché un fabuleux trésor. Ils auraient été adorateurs de Satan. Ou gardiens du Saint-Graal... C'est la légende des templiers. Et l'un des plus gros bobards ésotériques. Car les pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon n'ont jamais constitué une société secrète. Mais un ordre tout à fait officiel, chargé de protéger les pèlerins en Terre sainte, puis d'administrer les territoires pris aux musulmans. Au début du XIVe siècle, avec leurs 2 000 commanderies, ils ont acquis une telle puissance financière qu'ils sont devenus les premiers banquiers du royaume. Le roi Philippe le Bel en prend ombrage et décide de faire arrêter les dignitaires de l'ordre un funeste vendredi 13 de l'an 1307. La plupart meurent sur le bûcher. L'ordre est dissous quelques années plus tard...
C'est le XVIIIe et surtout le XIXe siècle romantique qui redécouvrent les « chevaliers martyrs ». Certains francs-maçons, en recherche de glorieuse paternité, affirment qu'une poignée de survivants du Temple se seraient cachés en Ecosse et y auraient fondé les premières loges (ce que démentent les recherches historiques). D'autres relancent l'ordre du Temple et organisent même en 1808 une grande commémoration du supplice de Jacques de Molay (le grand maître brûlé vif sous Philippe le Bel) avec la bénédiction de Napoléon Ier... La veine templière est inépuisable. Aujourd'hui encore elle passionne des groupes d'historiens amateurs. Mais aussi des cercles de la droite radicale ou des sectes, parmi lesquelles l'ordre du Temple solaire. Des cercles d'extrême droite tentent aussi de « kidnapper » la mémoire des « pauvres chevaliers », en faisant de l'entrisme au sein de l'OTO (Ordo Templi Orientis) ou de l'OSMTJ (Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem), toujours actifs. Qu'ils soient sectaires ou non, les groupes néo-templiers ont tous le même credo : les chevaliers étaient détenteurs d'un « savoir ésotérique », voire hérétique. Ils donnent pour preuve certaines de leurs confessions au moment de leur arrestation (adoration d'idoles, blasphèmes), en oubliant de préciser qu'elles leur ont été extorquées sous la torture. Autre légende : le prétendu « trésor du Temple » que certains cherchent encore à Rennes-le-Château, à Gisors ou en Grande-Bretagne. C'est sur cette histoire fantasmée des templiers que s'appuie le « Da Vinci Code ». Ajoutant pour faire bonne mesure quelques fantaisies supplémentaires : les templiers descendent de l'ordre du Prieuré de Sion (lequel est en réalité une association créée en 1956), ils étaient chargés de protéger la vérité explosive que l'Eglise voulait étouffer (Jésus couchait avec Marie Madeleine). Et ils étaient de mèche avec les cathares ! Cette secte religieuse, qui se développe dans le Languedoc au XIIe siècle, n'est pas, elle non plus, une société secrète. Ses membres vivent au grand jour avant d'être persécutés par l'Inquisition. Ils sont pourtant devenus, comme les templiers, un autre réservoir à fantasmes. Notamment grâce à Otto Rahn, un universitaire nazi, qui s'installe en Ariège dans les années 1930. Sa thèse ? Les cathares étaient des Aryens descendant des Wisigoths et ils cachaient le Graal dans leur château ! Depuis des confréries néo-cathares, plus ou moins secrètes, continuent à chercher la fabuleuse coupe...
Sources: Le Nouvel Observateur







News